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Expositions de Virginie Yassef

Au milieu du Crétacé

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L’Objet du doute, 2013
Résine, peinture, moteur, 182 x 460 x 300 cm
Vue d’exposition, Nuit Blanche 2013, Paris
Photo : Nicolas Brasseur
Courtesy Galerie GP & N Vallois, Paris

Jusqu’au 1er mars
Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois
36, rue de Seine, Paris

Route à la campagne, avec arbre.
Soir. Estragon, assis sur une pierre, essaie d’enlever sa chaussure. Il s’y acharne des deux mains, en ahanant. Il s’arrête, à bout de forces, se repose en haletant, recommence.
Même jeu.
Entre Vladimir.

Ces lignes qui introduisent la scène d’En Attendant Godot (1952) de Samuel Beckett pourraient presque être à propos pour accompagner cette proposition de Virginie Yassef. Elles préparent l’imaginaire et nous plonge d’ores et déjà dans un certain théâtre de l’absurde. En effet la promenade chez les Vallois commence par la présence d’un tronc d’arbre, celui-là même qui obstruait la rue des cascades à Ménilmontant durant la dernière Nuit Blanche. La confusion était à son comble autour de L’Objet du doute (2013). « C’est du marbre ? », entendait-on. Non loin d’ici, au Jardin des Tuileries, L’Arbre à voyelles de Giuseppe Penone suscite sans doute autant de commentaires poétiques. Soudain, l’arbre de Yassef, tel un personnage réel de fiction, s’anime. Comme dans un dernier souffle…
Au détour de cette embûche se trouve une clairière où sont présentées différentes pièces en prolongement des expositions récentes à La Galerie de Noisy-Le-Sec (un mur de sable vient de tomber, décembre 2012 à février 2013) et à la Ferme du Buisson de Noisiel (Le Signe singe avec Julien Bismuth, avril à octobre 2013). Ces œuvres sont complétées par un choix spécifique de Scénarios fantômes, la série de photographies énigmatiques que Yassef développe depuis 2003. Ces dernières fonctionnent en quelque sorte comme une prédelle narrative dans la peinture italienne. Inspirée, entre autres, par le texte Les Recherches d’un chien (1922) de Franz Kafka, l’installation de 2012 à Noisy, On n’a jamais vu de chien faire, de propos délibéré, l’échange d’un os avec un autre chien, était le début d’un engagement plus prononcé vers une scénographie de l’ordre du théâtre. Elle fut le décor du spectacle mutant durant lequel, entre Noisy et Noisiel, un enfant se transforma en chien. Un des éléments devient ici une roue de plumes de paons : ce déploiement motorisé exagère l’exhibition séductrice si exceptionnelle de l’animal.
Dans ce même univers, qui n’est pas sans rappeler ceux mis en place par Pierre Huyghe et Philippe Parreno, le spectateur est convié à écouter une conversation, digne de la pièce de Beckett ou des échanges entre chiens de Kafka. Des questions sur le comportement des êtres humains sont posées par une poignée de fausses bûches et de fausses pierres réunies là. Yassef nous incite ainsi à « assister à des sculptures » qui sont « prêtes à parler ». En octobre 2013, la nature du Parc des Buttes-Chaumont et ses fameuses reproductions en trompe-l’œil bétonnées conduisirent l’artiste à proposer une expérience vivante en deux temps autour d’un socle vide dont elle a su éviter les contraintes classiques.1 De la résine, au polystyrène et au carton-pâte peints, les matériaux de l’artifice sont loin du bronze traditionnel et plus proches de Disney, du théâtre ou de films de science-fiction. L’oralité, la sonorisation, le mouvement et l’attirance tactile afin d’élucider ces mystérieuses illusions sont au rendez-vous pour amplifier le potentiel d’émerveillement.
Emilie Renard titrait son entretien avec Yassef « A suivre ». Effectivement.
Caroline Hancock

1. Les Recherches d’un chien, projet de Virginie Yassef pour LE SOCLE, les 18 et 19 octobre 2013. LE SOCLE est un programme initié par le collectif On The Roof dans le cadre du Festival Les Uns Chez Les Autres de la Mairie du 19e arrondissement de Paris.


lls se déplacent à la vitesse d’un mètre par seconde !

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Virginie Yassef, Bouclier : On n’a jamais vu de chien faire, de propos délibéré, l’échange d’un os avec un autre chien (2), installation, 2012-2013
Photo : Emile Ouroumov - Courtesy Galerie GP & N Vallois, Paris

Du 8 février au 19 avril
Espace Croisé
14 Place Faidherbe, Roubaix

Vernissage le vendredi 7 février à 18h

L’Espace Croisé invite Virginie Yassef à déployer sur son plateau des installations et des œuvres sculpturales récentes.
L’artiste qualifie volontiers "d’éparpillés", l’ensemble de ses créations. Un terme scientifique que les astronomes utilisent pour qualifier une nouvelle classe d’objets. La condition d’exposition dans un même espace et pendant un temps donné, est l’occasion idéale pour tester cette dualité de la réunion et de la dispersion, avec des oeuvres qui s’attirent tout en ménageant leur distance et autonomie.
Cette référence scientifique n’est pas anodine. Virginie Yassef se penche sur des disciplines complexes telles que l’astronomie, la géologie ou l’architecture. Mais elle est plus intéressée par les discours fabriqués par la recherche, dont elle extrapole une idée saugrenue ou une image singulière. L’étrangeté et les mondes inconnus constituent ainsi les véritables sujets de ses installations et objets sculpturaux agencés selon deux modes différents : prélèvements et montage ou mise en scène et fabrication.
L’installation Le château de l’araîgnée, 2013, ouvre l’exposition. Une configuration dense de poutres enchevêtrées, invite le spectateur à y pénétrer, telle la première épreuve d’un parcours initiatique. D’emblée, la traversée le place en état d’alerte.
Une épaisse fumée trouble l’orientation, obligeant à ralentir et à se frayer un chemin. Des sons mats, englobants et imprévisibles suggèrent la présence de samouraïs au combat, si l’on se réfère au titre emprunté au film de Akira Kurosawa. Les frappes invisibles contribuent à la ronde des spectres.
Parmi les œuvres les plus récentes, des pièces dispensent leur propre lumière et guident le spectateur dans son cheminement.
Dans cette attirance, le rapport d’éclairage est inversé. L’œuvre génère sa source lumineuse s’affranchissant d’un éclairage extérieur. Ainsi les versions Hutte et Bouclier de l’ensemble On n’a jamais vu de chien faire, de propos délibéré, l’échange d’un os avec un autre chien sont des apparitions intrigantes et Le détecteur d’oubli rappelle périodiquement sa présence en s’activant subitement.
L’installation Untitled Dialogue, 2011-2013 renoue avec la vigilance que le spectateur a pu appréhender lui-même en entrant dans l’exposition. Dans cette double projection alternée, un acteur est mis en présence d’un singe et soumis imperturbable à ses réactions imprévisibles. Après la découverte d’un scénario non réalisé de Marcel Broodthaers qui prévoyait la rencontre d’un homme actif et d’un singe impassible, Julien Bismuth et Virginie Yassef ont l’idée, en 2011, d’inverser les rôles et d’inscrire la rencontre dans une chambre d’hôtel. L’expérience est filmée par trois caméras. L’installation restitue la version de la scène de Virginie Yassef et celle de Julien Bismuth. Des points de vues qui se croisent et amplifient le suspense d’une scène intérieure tout aussi sereine qu’inquiétante et susceptible de basculer.
Virgine Yassef est représentée par la galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois, Paris.

« Avec et sans peinture »

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Il y a 140 millions d’années, un animal glisse sur une plage fangeuse du Massif Central
2009. 
Polystyrène résiné, crépi, acrylique.
Collection MAC/VAL - musée d’art contemporain du Val-de-Marne.
© Adagp, Paris 2014.
Photo © Marc Domage

Vernissage vendredi 14 février à 18h30
MAC/VAL
Place de la libération, Vitry-sur-Seine

Nouvelle exposition des œuvres de la collection.

"Dans cette nouvelle exposition des œuvres de la collection, sixième accrochage depuis l’ouverture du musée en 2005, il est aujourd’hui question de peinture, de sa présence, de son absence, comment faire avec et sans elle. Ses multiples possibles, son sens, sa remise en cause, son abolition, les solutions pour son remplacement, il est, il sera toujours question d’elle.

Pour cette nouvelle exposition de la collection, nous avons choisi de revenir à son origine de la collection, à son essence picturale, et à ses nombreux développements actuels que nous avons la chance de pouvoir suivre et faire entrer dans le domaine public.
À nouveau enseignée, émancipée de son histoire, en accord aujourd’hui avec les nouvelles et autres pratiques, enrichie de celles-ci, la peinture demeure et (re)devient une expression artistique, un regard sur le monde, un langage résolument moderne. Comme pour l’ensemble des cinq précédents accrochages, le parcours mêle ces différentes générations d’artistes qui chacune à sa façon explore, questionne, attaque, ressuscite, renouvelle le genre, avec et sans peinture. Pour toujours mieux l’envisager.

Les œuvres sont réunies dans l’espace muséographique en ensembles thématiques, qui permettent de tracer de grandes lignes d’une histoire de l’art encore fraîche.
Le parcours commence avec les questions de vocabulaire de formes et de couleurs, sujets qui cristallisent l’histoire de la peinture moderne. Suit la mise en question de la matérialité de la peinture, de sa surface comme de ses moyens, pour ensuite envisager le feu comme élément tant de destruction que de création. La surface même de la peinture, comme ses supports sont questionnés tout au long du parcours : la peinture support de couleur mais aussi de fiction et d’imaginaire.
Il est aussi question de récits et de narration, de rêve et de réalité, celle que l’on ne souhaite pas voir, celle au-delà de l’écran du réel.
Le mystère de la chimie des matériaux permet de terminer le parcours sur une note de magie, l’alchimie présidant, avec l’aide éventuelle du hasard, à la genèse de l’œuvre et son devenir. Les œuvres dressent cette cartographie des possibles et la rencontre de la matière et des éléments.
Cet accrochage crée des liens également entre les formes artistiques, ne s’arrêtant pas à la deuxième dimension mais intégrant l’installation, la sculpture, la vidéo et la photographie, révélant ainsi la porosité et les dialogues fructueux qui se nouent, grâce à des artistes pour lesquels la question du genre n’est plus signifiante.
Il est surtout et avant tout question du monde d’aujourd’hui, auquel la peinture tend un miroir qui l’interroge, dans le reflet déformé qu’elle constitue par essence."

Alexia Fabre