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Alfred Jarry Archipelago : La valse des pantins - Acte I avec Emmanuel Van der Meulen

Du 5 juin au 30 août
Le Quartier, Centre d’art contemporain de Quimper
10 esplanade François Mitterrand, Quimper

Vernissage jeudi 4 juin à 18h30

Avec William Anastasi, Julien Bismuth, Pauline Boudry & Renate Lorenz, Paul Chan, Guy de Cointet, Hugues de Cointet, Pauline Curnier Jardin, Rainer Ganahl, Dora Garcia, Goldin + Senneby, Petrit Halilaj, Thomas Hirschhorn, Naotaka Hiro, William Kentridge, Mike Kelley, Tala Madani, Nathaniel Mellors, Ieva Miseviciute, Shelly Nadashi, Henrik Olesen, Dan Perjovschi, Jimmy Robert, Roee Rosen, Benjamin Seror, Yoan Sorin, Cally Spooner, Jos de Gruyter & Harald Thys, Ante Timmermans, Emmanuel Van der Meulen, Sarah Vanhee, Kara Walker, Julian Weber, Adva Zakai…

De Jarry on ne retient que le scandale d’Ubu Roi qui masque une œuvre complexe placée sous le signe de l’expérimentation radicale et le mélange des (mauvais) genres. En réunissant un ensemble exceptionnel d’artistes internationaux et inclassables, Alfred Jarry Archipelago démontre que tout un pan de l’art et de la performance actuels est traversé par cette puissance de transgression « jarryesque ».

« Parce que ce garçon-là, qui chaussait du 36 et qui volait les souliers en cuir jaune canard de son amie Rachilde pour assister, bouleversé, à l’enterrement de son ami Mallarmé ; qui lors de sa naissance à 15 ans est déjà l’enfant qu’il sera à sa mort à 34 ans ; qui sait tout de suite que « Vivre = cesser d’Exister » et qui passa sa vie en aller et retour entre les contrées de la « merdre » et de l’absolu avec des pointes à plus de 300 km/heure et des splendeurs à vous plaquer au sol ; parce que Alfred Jarry, qui joua son existence entière sur la littérature et qui jouait du revolver sous prétexte que « c’est beau comme littérature », échappe complètement à la littérature. »
Annie Le Brun

Poète, dramaturge et dessinateur, Alfred Jarry (1873-1907) a pulvérisé les frontières de l’ordre social, moral et esthétique du XIXe siècle finissant. Retentissant comme un coup de tonnerre, le célèbre « Merdre ! » de son Ubu Roi ouvre la voie aux développements de la modernité à venir - de Marcel Duchamp à Harald Szeemann en passant par les futuristes, les surréalistes, les conceptuels, tous sont redevables de celui qui sera qualifié de « proto-dadaïste ».
D’un tournant de siècle à l’autre, l’œuvre et les idées de Jarry semblent irriguer de nouveau la société et l’art contemporains. L’abolition des limites (des disciplines, de l’identité, du bon sens et du bon goût) explorés autant dans sa vie que dans ses écrits l’ont conduit à une approche inédite de la théâtralité, du corps et du langage - et des rapports de domination, qu’ils soient liés au désir, au savoir ou au pouvoir. Identifiant un certain nombre de motifs « jarryesques », Alfred Jarry Archipelago se présente comme une quête spéculative de leurs résurgences dans les arts visuels, à la lisière du politique, du théâtre, de la danse et de la littérature.

Dans son célèbre manifeste pataphysique, Gestes et Opinions du Docteur Faustroll, pataphysicien, Alfred Jarry décrit un voyage initiatique d’île en île dans lequel une géographie artistique se substitue à la géographie réelle. Chaque chapitre du livre III correspond à une halte dans une île fictive dédiée à un écrivain ou un peintre de son temps. S’il naviguait dans le monde actuel, quel paysage composerait l’auteur et critique du siècle dernier ?

Convoquant de la sorte la figure de Jarry comme commissaire posthume, Alfred Jarry Archipelago se compose d’un chapelet d’îlots matérialisant l’univers de divers artistes pour esquisser une vision résolument subjective de son héritage. Le projet se déploie sur plusieurs mois dans plusieurs lieux et différents formats – expositions collectives, expositions monographiques, projections, performances, rencontres – et se conclura par une importante publication.

Première occurrence à Quimper, l’exposition collective La valse des pantins – Acte I du 5 juin au 30 août 2015 est le fruit d’un commissariat commun de Keren Detton, directrice du Quartier et de Julie Pellegrin, directrice du Centre d’art de la Ferme du Buisson où sera présenté l’Acte II. Le parcours de l’exposition, composé de films, d’installations, de dessins et de peintures, déploie différentes temporalités qui se chevauchent grâce à un travail de lumière et de séquançage, tout en privilégiant l’appréhension d’ensembles monographiques. En écho à l’appropriation par William Kentridge du personnage d’Ubu pour évoquer les abus de pouvoir du contexte post-apartheid sud-africain à travers une procession de marionnettes, Yoan Sorin et Kara Walker abordent le rapport aux corps dans les problématiques coloniales chères à Jarry. Roee Rosen passe par un alter ego pour railler la tyrannie politique dans une fable domestique à la fois caustique et onirique. Dan Perjovschi conçoit un nouveau dessin mural dont les figures et commentaires de l’actualité sociale, politique et culturelle apparaissent comme une version contemporaine de l’almanach du Père Ubu. Pauline Boudry et Renate Lorenz mettent en scène une figure de dandy queer dont la critique du capitalisme flirte avec le devenir animal. Plus loin, les abus du système financier sont parodiés par Goldin+Senneby dans une performance et un théâtre miniature. Une autre série de maquettes sert de support à Benjamin Seror pour l’écriture d’un roman autour de la capacité du langage à produire des situations inédites. Les œuvres de Jos de Gruyter et Harald Thys, Shelly Nadashi et Ante Timmermans se nourrissent d’un humour noir à la croisée du théâtre, du langage et du dessin pour mettre en question la relation à l’autre, à l’argent et au travail. À côté, la peinture d’Emmanuel Van der Meulen se fait à la fois décor et signe héraldique, et les faits de guerre cirque fantasmagorique chez Pauline Curnier Jardin. Jalonnant le parcours, une série de photographies de Julien Bismuth renouvelle la compréhension de l’œuvre de Jarry par le télescopage de citations. L’esprit du père de la pataphysique plane sur l’ensemble de ces artistes qui offrent une vision critique de la modernité à travers l’intempestivité de leurs sujets et des procédures narratives diffractées, marquées par un humour ravageur.