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Habiter la frontière

Habiter la frontière
22, 23 et 24 juin 2018
Vernissage vendredi 22 juin - 19h
Confort Moderne, Poitiers

Exposition et événements des diplômé.e.s de l’ÉESI 2017

Avec Crystal Bassan, Nathalie Bekhouche, Marion Chevalier, Margaux Dil, Antonin
Dony, Jialei Duan, Collectif EVERYWARE (Nicolas Leray, Clément Sipion et
Lucile Thierry), Nadia Faivre, Victor Givois, Clément Gressier, Marianne Herjean,
Ze Jiang, Friðgeir Kristjansson, Clémentine L’Heryenat, Renata Laguardia, Loyse
Landoas, Quentin Le Couviour, Rémi Le Gallo, Melvil Legrand, Nicolas Leray,
Sarah Lévy-Bouton, Anaïs Marion, Valentin Merchan, Céline Metaphis, Marie-
Clarisse Monin, Lucas Ngo, Alexandre Petot, Robin Peyrache, Victor Plantey,
Pierre-Philippe Toufektchan, Pauline Valls et Paul Vidal.

Commissariat d’Angeles Alonso Espinosa

L’École européenne supérieure de l’image (ÉESI) Angoulême & Poitiers propose une exposition regroupant plus de trente jeunes artistes diplômé.e.s de l’école en 2017. C’est Angeles Alonso Espinosa, la commissaire invitée, qui s’est vu confier la charge de penser cette exposition qui se développe sur le site du Confort Moderne à Poitiers.

Soucieuse de l’accompagnement professionnel des artistes formés dans ses murs, l’ÉESI a conçu le projet d’une exposition de diplômés, dont la première édition s’était déroulée d’octobre à décembre 2016, à Angoulême et Poitiers.

Intitulée Habiter la frontière, l’évènement se déploie sur trois jours et trois soirées au sein du Confort Moderne. C’est une exposition, mais aussi un programme d’évènements et de rencontres, de projections, performances et concerts.

L’ÉESI a la volonté d’ouvrir au public le travail de recherche et de création des étudiants et de contribuer à une meilleure appréhension de l’art contemporain. Cela est rendu possible par le biais de cette exposition, et par la mise en place de moments de rencontres et de dialogues avec les jeunes artistes qui seront présents lors de rendez-vous avec le public.

… HABITER LA FRONTIÈRE

Le monde se referme. 65 murs construits et planifiés, soit 40.000 km de long, ou la circonférence de la Terre. La moitié des murs actuels a été construite après 2010, et encore la moitié de plus est planifiée.1

L’actualité est accablante, le monde se referme et l’utopie d’un monde ouvert et inclusif semble s’éloigner à jamais. Les frontières géopolitiques ne sont pas les seules à proliférer, elles s’accompagnent des frontières mentales, friandes des discours essentialistes que les conservateurs et les nationalistes prennent comme drapeaux. Nous étouffons dans des espaces clos, dans la tyrannie d’un présent qui semble s’imposer dans un monde toujours plus pressé de ne pas être interpelé2.

Les jeunes diplômés de l’ÉESI ne sont pas indifférents à cette actualité et leurs propositions multiples abordent de manière transdisciplinaire et transversale la question des frontières. Qu’elles soient spatiales, temporelles ou incarnées par une supposée réalité de plus en plus fictive, la problématique des frontières habite leur travail et leurs réflexions.

L’espace comme frontière …
… certains d’entre eux vont le questionner de manière frontale, mettant en scène l’absurdité de leur matérialité ; d’autres confrontent l’espace urbain et la frontière sociale entre la rue et les institutions ; d’autres approchent les frontières avec la nature ainsi que la manière dont elle est dénaturée, réduite à la notion de paysage ; pour d’autres c’est l’espace d’exposition qui est mis en question, le monde de l’art, ses codes, ses frontières avec l’utilitaire ou l’artisanal.

Le temps comme frontière …
… le poids du présent perpétuel pousse certains à s’emparer de la mémoire comme échappatoire. Qu’elle soit individuelle ou collective, qu’elle soit en train de s’effacer ou qu’elle soit fixée par des institutions pour renforcer une temporalité univoque et sans fissures. La mémoire devient un outil pour déstabiliser le présent qui se veut définitif, pour le multiplier, le réinventer…

Le réel comme frontière …
… enfin il y en a d’autres pour qui c’est la fiction non assumée du réel qui ne leur suffit pas. Par le biais de nouvelles technologies, du cinéma, de la performance ou des narrations, ils nous emmènent dans des mondes parallèles où la poésie et le jeu règnent en maître. Dans cette époque des post-vérités où les faits alternatifs s’emparent des médias et où « la notion de fiction est menacée de dissolution », leurs œuvres nous mettent face à la question de la place qui reste encore pour une fiction qui veut échapper à l’emprise du réel3.

Ils aiment les jeux vidéo, le cinéma, la philosophie, les réseaux sociaux, l’anthropologie, la littérature, l’histoire... Ils parlent de Deleuze, de Shakespeare, de Darwich, de Didi-Huberman, d’Eco, de Flusser, de Barthes, de Cravan... Ils dansent, chantent, naviguent, jouent, se battent, sautent, se mettent à nu... La création c’est leur urgence, c’est la notre aussi. Cette exposition est une invitation à habiter au moins quelques instants leurs frontières, dans le sens donné par Alain Naze pour qui « ... habiter la frontière signifierait une absence de repos au sein d’un propre, renvoyant à l’inquiétude d’un déplacement permanent par lequel la métamorphose deviendrait une manière d’être »4.

Angeles Alonso Espinosa
Commissaire de l’exposition

1 « Le monde se referme : la carte des murs aux frontières ». Podcast France Culture 21/09/2016.
2 Jérome Baschet : « Au Chiapas zapatiste, le peuple dirige et le gouvernement obéit ».
3 Francoise Lavocat, 2016. « Fait et fiction : pour une frontière. » (Seuil).
4 Alain Naze (23 septembre 2011) « Habiter la frontière. Éloge de la frontière comme lieu-sans-lieu des métamorphoses. » Ici et ailleurs.