Madrid

Voyage d’étude à Madrid
25-30 octobre 2012

Le voyage d’étude à Madrid dans le cadre du post-diplôme répondait à deux motifs : amorcer un travail de terrain et d’enquête sur le document et l’archive à l’occasion de l’inauguration de l’exposition Perder la forma humana (Una imagen sísmica de los años 80 en América Latina) au Musée Reina Sofía ; créer une dynamique en fédérant le groupe des artistes dès le début d’année.

Conçue par le collectif curatorial Red Conceptualismos del Sur, l’exposition Perder la forma humana présente un ensemble de pièces et d’actions, sous forme d’archives, de documentations photographiques, liées au contexte des dictatures en Amérique latine, selon deux axes : une évocation du climat politique à travers la présence absente des disparus, des morts et des fantômes ; une manifestation du corps en excès, par le biais du travesti, de la mascarade, de la fête, comme réponse transgressive à la répression. Par sa convocation de l’archive, sa manière d’activer, voire de performer, le document, Perder la forma humana relève des enjeux du post-diplôme.

L’exposition fut suivie par deux journées de colloque consacrées aux thématiques suivantes : « Faire de la politique avec rien », « Corps désobéissants. L’irruption des sexualités rebelles », « Scènes under. La fête et l’occupation urbaine comme nouvelle politique », « Que nous disent aujourd’hui les années quatre-vingt ? ». Citons, parmi les participants : Jaime Vindel, Guillermo Giampietro, Eduardo Kac, Marta Cocco, Mauricio Guerrero, Fernanda Nogueira, Ana Longoni, Pedro Lemebel et Francisco Casas (Yeguas del Apocalipsis), Sergio Zevallos, Maris Bustamante, Alfredo Márquez, Sarah Minter, Ral Veroni, Gonzalo Rabanal (Los Ángeles Negros), Miguel López, Rachel Weiss, Ana Alvarado, Roberto Amigo et André Mesquita. Il fut parfois difficile pour l’ensemble des participants du post-diplôme d’assister aux débats en castillan. Certains préférèrent visiter d’autres expositions durant ces deux journées. Nous fûmes trois à suivre l’intégralité du colloque : Stephen Wright, Laura Huertas Millán et moi-même.

Plusieurs rencontres furent organisées entre les artistes du post-diplôme et les membres du collectif curatorial : Ana Longoni, historienne de l’art argentine ; Andre Mesquita, théoricien brésilien de l’activisme, et Miguel A. López, jeune curateur péruvien. Chacune de ces rencontres donna lieu à de longues discussions sur les enjeux théoriques et politiques de l’exposition.

Deux autres rencontres furent programmées en écho indirect à l’exposition :
- l’une, avec Remedios Palomo, membre de l’Association pour la récupération de la mémoire historique (ARMH), qui nous fit part de son expérience personnelle autour de la mort de son grand-père républicain et des recherches initiées en Espagne par un certain nombre de petits-enfants pour que soient retrouvés les corps des victimes. Il s’agit d’exhumer les corps, de procéder à un travail archéologique dans les fosses communes, mais également d’entamer une procédure en justice pour nommer les assassins, rétablir la vérité et demander réparation. L’expérience s’inspire, dit-elle, de l’abrogation de la loi d’amnistie qui fut votée en Argentine. Longue discussion sur la mémoire, l’usage du terme génocide, le travail de l’archive, l’Europe et ses fosses communes.
- la seconde, avec plusieurs archivistes du mouvement 15-M (ou Indignados), qui ont constitué une archive complète, séquestrée pour le moment derrière la façade murée du centre social Casablanca à Madrid. Étaient présents Elizabeth Lorenzi, Julia Ramírez Blanco, Émilie Reaux, Nuria Algaba Diez, Byron Maher. L’essentiel de l’archive est numérisé. Ils souhaitent proposer cette archive à des artistes pour qu’elle soit activée à nouveau. Cette rencontre fut possible grâce au soutien d’Alan Moore, théoricien américain de l’activisme, résidant à Madrid. Rencontre chaleureuse et animée. De nombreux contacts furent pris entre les participants.

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Rencontre avec les archivistes du mouvement 15-M, 29 octobre 2012

Autant de rencontres et d’échanges autour des figures de la disparition, de la répression, en relation avec l’archive et ses promesses. Il était frappant d’observer la cohérence de ces différentes rencontres et les proximités, mutatis mutandis, entre certaines situations en Europe et en Amérique latine.

En contrepoint de ces rencontres, nous effectuâmes plusieurs visites culturelles : au centre culturel Matadero Madrid, au musée du Prado et au centre La Casa Encendida. Nous visitâmes ce dernier en compagnie de Beatriz Navas, programmatrice film, qui nous fit découvrir l’ensemble des fonctionnalités de ce lieu, offrant gratuitement au public l’accès à une bibliothèque, une médiathèque, une salle d’exposition (consacrée à Louise Bourgeois lors de notre venue), des salles de conférence et de projection, un jardin terrasse expérimental consacré à divers enjeux écologiques, des ateliers informatiques et photographiques.

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La Casa Encendida, toit-terrasse, 28 octobre 2012

Nous visitâmes, le matin de notre départ, l’Ermitage San Antonio de la Florida, peint par Goya en 1798, qui montre Saint Antoine de Padoue ressuscitant un homme assassiné pour qu’il témoigne de la vérité de sa mort et innocente le père du saint, injustement accusé du crime. Cette ultime visite résonnait comme une allégorie.

Érik Bullot, novembre 2012

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